J'ai fait un rêve…
Comme disait Martin Luther King…

Celui de pouvoir porter la parole de l'Évangile à tous et partout. Celui de pouvoir descendre sur le terrain, dans la rue, dans les médias et autres lieux corrompus sans craindre le délit de mauvaise fréquentation. Celui de pouvoir "sortir" sans me soucier de savoir si je suis chez moi ou si j'empiète sur le territoire d'un de mes confrères. Celui de ne plus avoir à craindre les foudres du Saint-Siège pour - je cite - "mes fréquents voyages hors de mon diocèse". Mon diocèse ? Partenia est sans limites...
J'ai fait un rêve : celui de pouvoir accompagner les pauvres, les exclus, les pas grand-chose, sans avoir à m'expliquer, me justifier auprès des riches, des nantis, des confortables. Celui de pouvoir me rendre où la détresse m'appelle sans avoir à déposer de préavis. Celui de pouvoir m'indigner contre la misère, l'injustice, la violence, le commerce des armes et les famines réglementées sans être classé en politique...
J'ai fait un rêve : celui de pouvoir vivre ma foi au sein de l'Église, mais également dans la société, dans mon temps et avec mon temps. Celui d'avoir la liberté de penser, de m'exprimer, de débattre, de critiquer sans le couperet. Celui d'être différent dans l'unité et de rester moi-même, solitaire et solidaire. Celui enfin de pouvoir annoncer un Évangile de liberté sans être marginalisé...
J'ai fait un rêve, et ce rêve devient réalité. "Le pape vous a rendu un grand service, m'a écrit quelqu'un. Vous allez pouvoir quitter votre palais, et vivre du Christ, avec lui, où il est"... A ce détail près que mon évêché d'Évreux n'était pas un palais, ce correspondant dit vrai : en me libérant contre mon gré, Rome m'offre plus que je n'osais l'espérer, bien plus qu'un diocèse, bien plus qu'un évêché. Elle m'offre Partenia. A moi, à qui l'on demandait de trottiner simplement entre la rue Saint-Louis et la cathédrale, que l'on accuse de voir, d'écouter et de parler plus loin que mes limites autorisées, à qui l'on reproche de faire cavalier seul sur des rives inconnues, réputées contagieuses.
Elle m'offre cent fois, mille fois plus. Elle m'offre la permission, la respiration, la libération. C'est où Partenia ? C'est quoi ? C'est quand ?... Questions sans objet. C'est un fantôme qui traverse les murs, les terres et les océans. Qui transperce le protocole, l'intolérance et les préjugés. Vaste comme le monde, Partenia ne commence et ne s'arrête nulle part. Bien que ne l'ayant pas recherchée, c'est une destination qui me sied, c'est là où je vais…
Mgr JACQUES GAILLOT
Extrait de Partenia http://www.partenia@org

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