Celui de pouvoir porter la parole de
l'Évangile à tous et partout. Celui de pouvoir descendre sur le
terrain, dans la rue, dans les médias et autres lieux corrompus sans
craindre le délit de mauvaise fréquentation. Celui de pouvoir
"sortir" sans me soucier de savoir si je suis chez moi ou si j'empiète
sur le territoire d'un de mes confrères. Celui de ne plus avoir à
craindre les foudres du Saint-Siège pour - je cite - "mes fréquents
voyages hors de mon diocèse". Mon diocèse ? Partenia est
sans limites...
J'ai fait un rêve : celui de pouvoir accompagner les pauvres, les exclus,
les pas grand-chose, sans avoir à m'expliquer, me justifier auprès
des riches, des nantis, des confortables. Celui de pouvoir me rendre où
la détresse m'appelle sans avoir à déposer de préavis.
Celui de pouvoir m'indigner contre la misère, l'injustice, la violence,
le commerce des armes et les famines réglementées sans être
classé en politique...
J'ai fait un rêve : celui de pouvoir vivre ma foi au sein de l'Église,
mais également dans la société, dans mon temps et avec
mon temps. Celui d'avoir la liberté de penser, de m'exprimer, de débattre,
de critiquer sans le couperet. Celui d'être différent dans l'unité
et de rester moi-même, solitaire et solidaire. Celui enfin de pouvoir
annoncer un Évangile de liberté sans être marginalisé...
J'ai fait un rêve, et ce rêve devient réalité. "Le
pape vous a rendu un grand service, m'a écrit quelqu'un. Vous allez pouvoir
quitter votre palais, et vivre du Christ, avec lui, où il est"...
A ce détail près que mon évêché d'Évreux
n'était pas un palais, ce correspondant dit vrai : en me libérant
contre mon gré, Rome m'offre plus que je n'osais l'espérer, bien
plus qu'un diocèse, bien plus qu'un évêché. Elle
m'offre Partenia. A moi, à qui l'on demandait de trottiner simplement
entre la rue Saint-Louis et la cathédrale, que l'on accuse de voir, d'écouter
et de parler plus loin que mes limites autorisées, à qui l'on
reproche de faire cavalier seul sur des rives inconnues, réputées
contagieuses.
Elle m'offre cent fois, mille fois plus. Elle m'offre la permission, la respiration,
la libération. C'est où Partenia ? C'est quoi ? C'est quand ?...
Questions sans objet. C'est un fantôme qui traverse les murs, les terres
et les océans. Qui transperce le protocole, l'intolérance et les
préjugés. Vaste comme le monde, Partenia ne commence et ne s'arrête
nulle part. Bien que ne l'ayant pas recherchée, c'est une destination
qui me sied, c'est là où je vais…
Mgr JACQUES GAILLOT
Extrait de Partenia http://www.partenia@org